Tanguy DOHOLLAU





 

 



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DOSSIER DE PRESSE

Articles et photographies liés aux principales expositions :

(pour y accéder, cliquer sur la date)

1976 Foyer d'action culturelle, Saint-Brieuc

1977 Musées des Beaux-Arts de Brest et de Morlaix

1980-2000 Nombreuses expositions en Bretagne (bibliothèques, centres culturels, librairies...)

1988 Institut franco-américain, Rennes

1992 Alliance française, Peshawar, Pakistan

1994 Musée Senju Kawaramachi, Tokyo, Japon

1998 et 2000 Centre franco-polonais, Olsztyn, Pologne

2000 Maison de la Bretagne, Poznan, Pologne Maison de la Baie, Hillion

2002 Musée de Falkensee, Berlin, Allemagne

2003 Musée Ceredigion, Aberystwyth, Pays de Galles

2004 Musée de la briqueterie, Langueux

2005 Maison de la Bretagne, Poznan, Pologne

2005 Mairie d'Ostrava, République tchèque

2006 Librairie Academia, Ostrava, République tchèque

2007 Bibliothèque municipale, Dinan (janvier/février)



Articles liés aux parutions de livres (pour y accéder, cliquer sur le titre)

1995 La diagonale des jours, éditions Apogée

2003 Par les grèves, éditions Apogée

2009 Pas à pas, à l'écoute du silence, éditions Des ronds dans l'O



Entretien avec Tanguy Dohollau



Votre prénom et votre nom sont-ils bretons ?



Mon prénom signifie en breton chien de feu !  Tan, le feu et guy, ki, le chien. Mon nom est également breton. A l'origine il s'écrivait Dohollou et plus tard il a été francisé en Dohollau. Il signifie en breton deux choses : l'une, c'est une devise en breton, tout à vous et vous pour tous et l'autre, les méandres d'une rivière sinuant au fond d'une vallée. Mon grand-père français vivant en Bretagne appréciait particulièrement la première signification de ce nom. Mon père pense que c'est cette première version qui est la bonne.

Mes parents aimaient beaucoup les prénoms bretons. Ma mère aimait aussi, et aime toujours beaucoup ! Van Gogh. J'ai découvert que  le père Tanguy, que Van Gogh avait représenté en peinture, était né près de Saint-Brieuc ou je suis aussi né.

Vous avez donc un grand-père étranger ?

Ma mère étant d'origine galloise, j'avais aussi un grand-père anglais. Le père de ma mère se nommait William. Je l'ai brièvement connu.

Quand avez-vous commencé à dessiner ?

Cela remonte à l'enfance, très tôt. J'étais absolument fasciné par les dessins et les peintures que je voyais. Je trouvais aussi le dessin de l'écriture captivant.

Où étaient ces peintures ?

A la maison, à Saint-Brieuc, il y avait des peintures et des dessins sur les murs ainsi que des reproductions. Ma mère avait pris l'habitude également de placer une reproduction sur un petit lutrin. Et elle changeait régulièrement cette image, peut-être une fois par semaine. C'est surtout par ce moyen que j'ai vraiment découvert le monde pictural. Car le choix que faisait ma mère était absolument fabuleux. Elle arrivait à trouver des reproductions d'artistes dont on voyait peu de copies à l'époque. Cela m'a profondément marqué. Car la vision de ces dessins ou peintures faisaient partie du quotidien. C'était une imprégnation naturelle. La présence d'une peinture pour moi était aussi forte qu'une chaise ou qu'une table. J'ai gardé cette habitude, héritée de ma mère, de placer un lutrin dans une pièce et de changer de temps en temps la reproduction que j'installe dessus. Cela provoque ou ravive une attention particulière à une oeuvre. Ainsi je la regarde au quotidien et la regarde mieux. C'est comme d'aller dans un musée pour regarder seulement un tableau. Je peux passer une journée seulement à regarder un tableau. Il m'arrive de faire un voyage spécialement pour aller contempler une seule oeuvre.

Il y a quelques années, j'étais à Brême en Allemagne et je suis allé visiter le musée des Beaux-Arts de cette ville. Soudain, au détour d'une salle , je me suis retrouvé nez-à-nez avec une peinture de Paula Modersohn-Becker. J'ai eu un choc, car je connaissais bien ce tableau pour l'avoir cotoyé grâce au fameux lutrin de mon enfance. Je le retrouvais tout simplement.

Vous découvrez les livres aussi.

J'étais entouré par l'écriture. Il y avait des livres partout dans la maison. Vraiment partout ! Il y en a encore plus aujourd'hui d'ailleurs ! Cela faisait partie également de l'univers naturel dans lequel je circulais. Je regardais les couvertures des livres. J'aimais particulièrement le sigle de la nrf par exemple ! Il y avait des rangées et des rangées de livres dans une petite bibliothèque au-dessus de mon lit. Et je passais des heures à contempler les dessins que formaient le nom des auteurs et le titre des ouvrages. Je n'arrivais pas à lire et j'admirais les caractères des lettres, la perfection mystérieuse de leur tracé.

J'ai un souvenir très fort de l'écriture de mon père. J'aimais regarder les cahiers dans lesquels il écrivait des pages de comptes. Mon père était peintre, décorateur. Il avait une petite entreprise à Saint-Brieuc avec une dizaine d'employés. Je le regardais écrire et j'étais absolument subjugé par les dessins de son écriture qu'il faisait. Alors je tentais de reproduire son graphisme. J'ai encore plusieurs cahiers dans lesquels figurent mes tentatives... illisibles. Je me souviens du plaisir que j'avais à dessiner cette écriture.

Et l'écriture de votre mère ?

Je n'ai pas tellement le souvenir de l'avoir regardé écrire.Par contre, j'ai en mémoire surtout le bruit de sa machine à écrire. Je devrais dire la "musique" de sa machine à écrire ! Car cela faisait aussi partie intégrante du paysage sonore et permanent de la maison. Ma mère était très souvent devant sa machine et y passait des heures et des heures à recopier ses pages manuscrites. Et pendant ces années, recopier un texte était très fastidieux car, quand il y avait une erreur, il fallait recommencer tout. Elle prenait une nouvelle page blanche dès qu'il y avait une faute de frappe ou une faute d'orthographe.Une des images que j'ai de ma mère à cette époque est indissociable de sa machine à écrire. Encore aujourd'hui, mais sa nouvelle machine est silencieuse !

Vous êtes passé de la contemplation de l'écriture et des livres à la lecture par l'illustration.

Oui, j'ai commencé à lire assez vite, enfin comme les autres enfants de mon âge, j'ai appris à lire et à écrire, vraiment, à l'école. Quand je revenais à la maison, je passais surtout beaucoup de temps à regarder les illustrations des livres. J'étais particulièrement attentif à quels passages des textes se reportaient les dessins. Je ne lisais pas beaucoup. Je m'installais dans un endroit calme et je dessinais. Je n'entendais plus rien. J'étais complétement en voyage avec le dessin. Quand on m'appelait, c'est comme si on me réveillait. C'est progressivement que j'ai commencé à lire tous ces livres qui me fascinaient.

Vous parliez de paysage sonore. Vos parents écoutaient ou faisaient-ils de la musique ?

Ma mère ne faisait pas de la musique, sauf avec sa machine à écrire ! Mais elle chantait et sifflait. Elle chantait et sifflait merveilleusement. Par contre, mon père, lui, jouait de la cornemuse. Mais il ne pratiquait pas cet instrument dans la maison. Heureusement d'ailleurs ! Parfois il jouait un air avec un practice qui est un instrument indépendant de la cornemuse permettant de s'entraîner. C'est une sorte de bombarde mais avec un impact sonore beaucoup plus faible. Il aimait aller jouer de la cornemuse en des endroits où cela ne pouvait géner personne. Ainsi à Bréhat, sur des landes désertes, il devait effrayer et faire certainement fuir les lapins! Mais il y avait un côté romantique indéniable qui m'évoque l'Ecosse et les vastes espaces de ces contrées fabuleuses que j'ai arpentées plus tard.

Par ailleurs, mes parents écoutaient beaucoup de musique. Cela pouvait aller des chansons de Brassens et des frères Jacques ou des Quatre barbus à la musique classique. Ma mère avait une sorte de rituel. Elle écoutait de la musique classique tous les dimanches après-midi dans le salon de la maison. Il ne fallait pas la déranger et on était prié de passer et rester au large ! ... Cela ne m'empéchait pas d'écouter quand même. J'ai des souvenirs superbes de soirées musicales à l'île de Bréhat en été. Mes parents habitaient dans le bourg , qui est le centre vital de l'île pourrait-on dire. Ils avaient un petit magasin face à la poste dans lequel ils vendaient principalement de la poterie. Ils organisaient aussi des expositions de peinture dans le jardin. Le soir, ils ouvraient la porte donnant dans le jardin et les visiteurs pouvaient circuler et regarder les peintures éclairées accrochées sur des palissades. A ces occasions, mon père passait de la musique. Il avait placé des hauts-parleurs à plusieurs endroits du jardin et il diffusait de la musique qui dépassait en s'envolant, les frontières du jardin. J'ai ainsi des souvenirs somptueux d'avoir pu écouter Mozart et Bach, par exemple, comme ça, en regardant les étoiles. Et là aussi, cette imprégnation a été déterminante.

Aujourd'hui, j'écoute quotidiennement de la musique. J'aime entendre la musique la nuit et le matin très tôt. Dans ces moments, je suis particulièrement réceptif et attentif. J'écoute toutes sortes de musique et je suis très curieux dans tous les domaines musicaux. La liste des compositeurs que j'apprécie serait très longue à établir ! Cela va des compositeurs du moyen-âge avec Ockeghem, les chants Grégorien, Léonin, Pérotin, Machaut, les troubadours, les chansons de Toile, les chansons de la Renaissance avec Janequin, en passant ensuite par les compositeurs Italiens, Allemands, Anglais. La musique dite, classique, à une grande place dans cette discothèque idéale ! Et il y a quelques piliers, comme Bach, Biber et Buxtehude, puis Beethoven, Brahms, Schumann, Schubert... Je suis très attentif aux compositeurs contemporains également comme Dutilleux, Greif, Hersant, Gagneux, Bacri, Girard, Couturier ( ses compositions magnifiques à partir des films de Andreï Tarkovski ), Pärt, Gubaïdulina, Gorecki, Kurtag, Ligeti, Karaindrou... sans oublier le Jazz et les musiques traditionnelles des autres contrées du monde.

Quand avez-vous commencé à exposer vos dessins et peintures ?

La première fois que j'ai exposé mes dessins, c'était en 1976 au Foyer d'action culturelle de la ville de Saint-Brieuc. C'était une biennale réunissant des oeuvres d'une centaine d'artistes de Bretagne principalement et j'avais présenté seulement quelques dessins d'un format assez restreint. C'était des dessins à la plume avec des réhauts d'aquarelle. J'ai fait partie des quatre lauréats et cela m'a permis d'être invité par la suite à présenter un nombre plus important de dessins dans plusieurs musées en Bretagne comme celui de Morlaix et de Brest les années suivantes. J'ai pu découvrir ainsi les collections de ces lieux.

Quels artistes aimiez-vous à cette époque ?

J'étais particulièrement intéressé par le dessin, les illustrations et la gravure. Je regardais beaucoup les gravures de Rembrandt, de Dürer, de Doré , de Bresdin et de Callot. C'est dans ces années que j'ai été pour la première fois à Paris. J'avais seize, dix-sept ans. Là, j'allais partout. Je découvrais les musées et j'allais dans toutes les galeries ouvertes que je pouvais trouver. Je glanais. C'était extraordinaire. Un jour, je vois en vitrine de la galerie Le point Cardinal près de la place Furstemberg, un tableau de Josef Sima. J'entre et je regarde les tableaux de ce peintre que je connaissais déjà un peu par ma mère qui me l'avait fait découvrir. Je reste un long moment dans la galerie et la femme qui s'occupait de ce lieu, voyant ma curiosité me montre d'autres toiles qui n'étaient pas exposées. Avant de partir, elle me donne tous les catalogues qu'elle avait de disponibles concernant ce peintre. C'était une belle rencontre.

Vous découvriez aussi la poésie et la littérature.

Oui, dans ces années là, je commencais un peu à lire. Ma mère, encore elle !, m'avait mis des livres dans les mains. Je me souviens de Nerval entre autres. J'avais réalisé des dessins après la lecture de ses poèmes et surtout de Jean Grenier dont elle m'avait plusieurs fois parlé. J'ai d'abord lu Les îles, puis plusieurs autres de ses livres comme Les grèves. C'est un écrivain, philosophe qui m'a beaucoup apporté et encore aujourd'hui, je le relis avec toujours beaucoup d'attention. Par l'intermédiaire de ses livres, ses entretiens avec des peintres non-figuratifs notamment, je m'orientais vers toute une nébuleuse d'artistes dont je ne connaissais que quelques oeuvres ou seulement les noms. Certains restent des peintres essentiels pour moi. Et je vais voir régulièrement leurs oeuvres dans les musées ou je vais à des rétrospectives quand cela se présente. Ces artistes m'ont permis d'en découvrir d'autres.

Qui sont ces peintres ?

La liste n'est pas exhaustive ! C'est comme pour les compositeurs ! Mais voici quelques noms : Asse, Bazaine, Bissier, Bissière, Bores, Braque, Brunschwig, Bryen, Deblé, Debré, De Staël, Deyrolle, Denise Esteban, Estève, Giacometti, Madeleine Grenier, Hajdu, Hartung, Hollan, Kimura, Lapicque, Manessier, Michaux, Music, Pagava, Rothko, Sima, Soulages, De Staël, Szenes; Tal Coat, Tobey, Ubac, Vieira Da Silva...

En effet, cela fait beaucoup de peintres ! Pourriez-vous évoquer ce qui vous touche le plus dans leurs réalisations ?

Comme je le disais, Jean Grenier à été l'un des déclencheurs de mon intérêt pour ces peintres. J'ai appris à les approcher au fil des années en essayant d'en apprendre plus sur leur travail. Par exemple, Bazaine. C'est quelqu'un qui a défriché tout un espace du dessin et de la peinture. Pour mieux le comprendre J'avais lu il y a longtemps deux livres de lui. Je devais avoir à ce moment une vingtaine d'années. Ce sont, Exercices de la peinture et Notes sur la peinture d'aujourd'hui. Ce sont des livres importants. Qu'est-ce qui me touche dans ses oeuvres ? Surtout ses dessins à l'encre de Chine et à la plume qu'il avait réalisés en Hollande et à Saint-Guénolé en Bretagne. Ils sont mobiles et l'air y circule. Ils ne sont pas figés. Les collages de la fin de sa vie ont une grand force également. Il rejoint un peu Matisse mais il y a un mouvement, une flamme, un souffle, qui le caractérisent bien. Là encore, ce n'est pas figé, il montre aussi qu'avec des moyens très réduits l'on peut exprimer quelque chose. C'est une grande leçon d'humilité. Il y a quelques années, en hiver, il y avait eu une présentation d'un ensemble de ses peintures dans le château de Kerjean près de Morlaix en Bretagne. Il y avait quelques peintures très simples où il avait juste représenté son chiffon de peintre. C'était très beau et très émouvant.

Figuration/non-figuration ?

Je crois que ce genre de question est dépassé maintenant au XXIème siècle. Enfin je l'espère. Le plus important me semble-t'il, c'est ce qui passe à travers le dessin et la peinture. Que cela soit figuratif ou non m'importe peu finalement. Chaque peintre restitue le monde à sa manière avec ses propres moyens. Ce qui est le plus important, c'est la nécessité personnelle de chacun.

Au début des années 1980, j'ai découvert les dessins et peintures de Denise Esteban ainsi que les dessins et gravures de Gisèle Celan-Lestrange. Denise Esteban faisait surtout des dessins au crayon, à la plume et au stylo bille. J'ai été très sensible à sa manière d'appréhender les intérieurs et les paysages avec simplicité. Je ne l'ai jamais rencontrée mais elle m'a offert par ses dessins l'idée d'une possibilité de noter ce qui m'entourait dans des carnets. Ce que je ne faisais pas avant. Elle m'ouvrait la voie vers d'autres chemins graphiques. Depuis, j'ai toujours avec moi un petit carnet et j'y note au gré de mes promenades, de mes voyages, des bribes d'instants. J'ai vu au début de ces années-là, pour la première fois des oeuvres de Gisèle Celan-Lestrange à la galerie La Hune à Paris. C'était des dessins, pastels pouvant suggérer la mer la nuit, et ça a été également une belle découverte. Par la suite j'ai vu ses gravures qui me touchaient aussi beaucoup. Elle aussi m'a appris à regarder différemment ce qui m'entoure. Dans ces années là, j'ai vu une exposition de gravures de Giorgio Morandi également à la galerie Berggruen à Paris. Je suis resté très longtemps dans le silence à regarder ses gravures. Son oeuvre me touchait profondément. J'ai pu voir plusieurs expositions de Balthus aussi dont les paysages, surtout, m'attiraient. J'avais pu voir également une très belle exposition de Bonnard à Beaubourg. J'ai découvert aussi, toujours en ces années 1980, les dessins et illustrations de Georges Lemoine. C'est également quelqu'un qui m'a apporté et qui m'apporte toujours de nombreuses choses par sa sensibilité extrèmement fine. Je l'apprécie particulièrement.

Parallèlement à vos expositions, vous commencez aussi au début des années 1980 à réaliser des illustrations. Comment cela a-t'il vu le jour ?

J'aimais beaucoup les illustrations de livres depuis l'enfance. J'avais une prédilection pour les dessinateurs anglais, comme Arthur Rackham, Henry Holiday, John Tenniel, Edmund Dulac ( d'origine française ), par exemple. Il y a un livre que je regardais aussi très souvent, c'était Histoires comme ça de Rudyard Kipling qui contenait ses fameux dessins. Puis j'ai découvert l'univers de la bande dessinée par les revues comme Spirou, Tintin, Pif et Pilote avec une pléiade de dessinateurs très divers ! Je me suis beaucoup intéressé à toutes sortes de genres de récits dessinés. Ce sont surtout les dessins des Italiens Hugo Pratt et Dino Battaglia qui m'impressionnaient le plus et puis un peu plus tard ceux d'Anna Brandoli (Rebecca, éditions Glénat, 1985) que j'apprécie beaucoup aussi. Ces dernières années, j'ai découvert les dessins de l'espagnol Raúl (Berlin 1931, éditions Amok, 2000) et des français Corbel (Escale à Kerbarbo, éditions Amok, 1995) et Duba (Quelqu'un va venir, éditions 6 pieds sous terre, 2002). Leurs démarches graphiques me plaisent. Ce sont de nouveaux chemins dans la bande dessinée d'aujourd'hui.

Après avoir lu Alice au pays des merveilles en 1976, j'ai commencé à faire des dessins pour accompagner ce livre. Il n'y avait pas de projet d'édition. Puis j'ai fait des dessins suite à la lecture de Palais de glace de Tarjeï Vesaas en 1978. Là aussi, j'avais été impressionné par ce livre. J'ai fait plusieurs dessins sans idée de publication. Encore aujourd'hui, parfois je découvre un texte qui me touche et je fais des dessins à partir de ma lecture.

Un jour, J'ai été contacté la première fois tout simplement par quelqu'un qui allait avoir un petit recueil de poème à paraitre. Il m'a proposé de faire un frontispice ( C'est un dessin qui est placé en vis-à-vis de la page de titre dans un livre ). Ensuite j'ai réalisé plusieurs frontispices principalement pour les livres de ma mère. De fil en reliure, j'ai été sollicité pour accompagner plusieurs livres d'autres auteurs. C'est à chaque fois des histoires particulières et des échanges fructueux avec les écrivains, les éditeurs et les imprimeurs.

Vous avez une grande curiosité pour le dessin, la gravure, la peinture, la littérature et la musique. Quelle place occupe le cinéma ?

J'apprécie beaucoup le cinéma aussi ! J'ai commencé assez jeune à aller au cinéma. Pour avoir un peu de l'argent de poche, j'avais travaillé dans un cinéma à l'âge de seize ans. Je déchirais les tickets à l'entrée ! Cela m'avait permis de voir de nombreux films. Par la suite, j'allais souvent à un Ciné-Club de la ville de Saint-Brieuc où j'avais pu découvrir de très beaux films. J'aime revoir et revoir certains films de Ozu, Bergman, Antonioni, Tarkovski, Zviaguintsev ( si proche dans l'esprit, de Tarkovski avec son film bouleversant, Le retour ), Kieslowski, Ray, Wenders, Resnais, Bresson, Oliveira, Angelopoulos, Kim Ki-Duk, Hou Hsiao-Hsien et Im Kwon-Taek ...

Vous entrez vraiment dans la vie professionnelle en travaillant dans une librairie au début des années 1980.

Oui, j'ai commencé à travailler dans une petite librairie de littérature générale et universitaire après y avoir exposé des dessins en 1978. Le titre de cette présentation était, un peintre et ses poètes. Il y avait des poèmes que j'avais choisi de Nerval, Rimbaud, Segalen... juxtaposés à mes dessins. J'étais gardien de nuit dans un petit village se trouvant le long de la côte par ailleurs. J'ai travaillé dans cette librairie pendant vingt-cinq ans surtout à mi-temps, sauf pendant la période de Noël. Ainsi, j'étais toujours dans le monde des livres. Et j'ai lu des quantités de livres pendant ces années ! Cet emploi me laissait aussi la possibilité de continuer à dessiner. J'ai arrêté d'y travailler à l'automne 2005. Cette librairie indépendante en centre ville périclitant surtout du fait du développement des librairies dans les grandes surfaces, j'ai été dans l'obligation de cesser cette activité.

Est-ce à ce moment que vous commencez à organiser des expositions consacrées à des écrivains ?

Non, c'est en 1986 que j'ai organisé une première exposition autour de l'oeuvre de Jean Grenier au musée d'Arts et d'Histoire de la ville de Saint-Brieuc sous le titre, Le chemin des sources avec l'aide du personnel de ce musée. C'était une première expérience que j'ai trouvé passionnante à réaliser. Ainsi, j'avais pu réunir plusieurs tableaux de peintres que Jean Grenier aimait : Leon Zack, Josef Sima, Zoran Music... Conjointement à cette présentation, qui était assez réduite, il y avait une exposition sur 1936. Plusieurs personnes, comme du vivant de Jean Grenier, en voyant son livre Les grèves, ont cru qu'il s'agissait d'un livre sur les grèves de 36 et que l'exposition faisait partie de l'autre ! En 1998, j'en ai organisé une nouvelle version, à nouveau au musée de Saint-Brieuc, beaucoup plus importante dont l'intitulé était La liberté du vent. J'ai été très heureux de pouvoir faire cette nouvelle présentation. Cette fois j'avais pu regrouper un ensemble vraiment encore plus exceptionnel de peintures, de dessins et de livres grâce notamment à des prêts du fils de Jean Grenier, Alain.

Cette présentation de 1986 me donna l'envie d'en organiser à nouveau d'autres en alliant les mots et la peinture, le dessin, la photographie. Comme j'aimais aussi beaucoup les livres de Jean-Marie Le Clézio depuis longtemps et m'étant aperçu que curieusement il n'y avait encore eu aucune exposition sur son oeuvre, c'est sur lui que se porta mon nouveau projet. L'exposition que je lui avais consacrée se tint tout d'abord à la bibliothèque municipale de Châteaulin, dans le Finistère en Bretagne sous le titre cette fois de L'Or des mots en 1990. C'est avec le soutien amical de la responsable de la bibliothèque municipale que ce projet put voir le jour en cette ville.

Pourquoi à Châteaulin ?

Parce que Jean-Marie Le Clézio avait passé plusieurs fois des vacances d'été par là-bas quand il était enfant. On peut trouver des pages dans ses livres où il évoque ses impressions de jeunesse de moments vécues en Bretagne, comme dans Le procès-verbal.

Vous n'aviez pas pu rencontrer Jean Grenier décédé en 1971, mais aviez-vous pris contact avec Jean-Marie Le Clézio pour le prévenir de votre projet ?

Oui, bien entendu. Je lui ai tout d'abord demandé s'il était d'accord. Il accepta et nous nous rencontrâmes une première fois à Nice, sa ville natale. C'est avec une grande attention qu'il participa à cette manifestation.

Ensuite, avez-vous organisé d'autres expositions sur des écrivains ?

En organisant cette exposition sur Jean-Marie Le Clézio, j'avais fait la connaissance de Lorand Gaspar. Son oeuvre poétique et photographique me passionnant également, j'avais présenté ensuite son oeuvre en plusieurs endroits en Bretagne. Ainsi, la première fois, dans le cadre du festival des Etonnants voyageurs en 1992 grâce aux organisateurs de cette manifestation se tenant à Saint-Malo.

Quel titre aviez-vous donné cette fois ?

Comme Lorand Gaspar a une approche très grande avec le minéral et qu'il fait sonner les mots avec justesse, j'avais intitulé cette exposition, Pierres de chant. Cette présentation réunissait un choix assez important de ses photographies ainsi que ses livres accompagnés par des peintres comme Etienne Hajdu, Henri Michaux, Arpad Szenes, Zao wou Ki et T'ang.

J'ai organisé ensuite une exposition autour de l'oeuvre poétique de ma mère en 1996 à la bibliothèque municipale de Saint-Brieuc avec l'aide technique du personnel de ce lieu, sous le titre de Lignes de vie, lieux de vie. Cela m'a permit de la connaître encore plus. C'était une nouvelle approche qui, pour moi, fut particulièrement touchante.

En ce moment, je commence à préparer une exposition autour de l'oeuvre de l'écrivain Jean-Pierre Abraham que j'ai un peu connu. Il a disparu en 2003. Il laisse une oeuvre très sensible, très belle et rare.

En avez-vous déjà trouvé le titre?

Cela sera certainement la reprise de l'un des titres de ses derniers livres, Ici présent.

Jean Grenier, Jean-Marie Le Clézio, Lorand Gaspar, Jean-Pierre Abraham... Voilà donc quelques écrivains pour qui vous avez une profonde attraction. Pourriez-vous en citer quelques autres ?

C'est une constellation internationale d'écrivains, poètes, qui traverse les siècles ! Il serait vain d'établir une liste ! J'aime particulièrement les livres et les photographies de Nicolas Bouvier. Pierre-Albert Jourdan tient une grande place parmi ces étoiles. L'écrivain Italien Francesco Biamonti dont j'ai découvert les livres au début des années 1990 me touche aussi beaucoup. J'aime également l'oeuvre de l'américaine Annie Dillard...

Vos dessins et peintures ont commencé à être présentés en d'autres pays que la France à partir des années 1990.

Ma première exposition ailleurs qu'en France eut lieu à Peshawar au Pakistan en 1992 grâce à l'invitation de L'Alliance Française de Peshawar et de son directeur d'alors, Georges Lefeuvre. A cette occasion, j'avais préparé un ensemble de dessins principalement et quelques-uns spécialement en pensant à des poètes et des écrivains de ce pays. Georges Lefeuvre m'ayant demandé ce que j'aimerais visiter pendant mon séjour, je lui avais dit avant d'être dans ce pays que je serais très heureux de pouvoir aller voir les gravures rupestres se trouvant le long de l'Indus au milieu des montagnes himalayennes à et autour de Chilas. Il me répondit que c'était possible mais que c'était à ce moment assez dangereux d'aller à Chilas, car il y avait des luttes religieuses entre des villageois. Qu'à cela ne tienne, une fois mon exposition installée et inaugurée à Peshawar, nous avions fait alors un périple de Peshawar jusqu'à Chilas où nous étions restés quelque temps, puis nous avions poursuivi jusqu'à Gilgit et Baltit en remontant l'Indus presque jusqu'à la frontière chinoise.

Il y a en ces endroits, à Chilas et dans ses environs, des graffitis sur des blocs de rochers réalisés par des pélerins de différentes civilisations très anciennes absolument extraordinaires. ( A ce sujet, le numéro du mois de Janvier 2009 du National Geographic présente un article très intéressant et inquiétant concernant l'avenir proche de ces pétroglyphes. ) De cette escapade, un peu aventureuse le long de l'une des routes de la soie, j'avais ensuite fait un ensemble de peintures sur papier ainsi que des collages. J'avais pu rencontrer des personnes très intéressantes à Peshawar et à Lahore également. J'avais pu séjourner là-bas presque deux mois. Ce fut un voyage inoubliable.

Puis, en 1994, j'avais été invité à Tôkyô pour présenter mes dessins et peintures cette fois dans un musée à l'instigation de plusieurs personnes dont surtout Mr Toshihiko Okubo, récemment disparu, qui était l'un des principaux traducteurs d'Albert Camus et de Jean Grenier, entre autres, au Japon. Une partie de l'exposition rendait hommage à Jean Grenier avec un ensemble de dessins que j'avais réalisés d'après son livre Mémoire intimes de X. Une édition traduite par Mr Tohishiko Okubo avec ces dessins venait tout juste de paraître à Tôkyô. J'étais également resté plus d'un mois et j'avais pu visiter et découvrir les musées et ces lieux si fabuleux que sont les temples de Tôkyô, de Kamakura et de Kyôto. Grâce à des indications de Kenneth White, j'avais pu trouver la tombe de Hokusaï dans Tôkyô.

Ensuite, j'ai été invité par des centres culturels ou des musées les années suivantes, en Pologne, en Allemagne, en Angleterre et dernièrement en république tchèque.

C'est à Falkensee, non-loin du centre de Berlin que vous avez fait une première exposition en Allemagne. Pourquoi Falkensee ?

C'est en 2002 qu'avait eu lieu une présentation de mes dessins et peintures dans le musée de Falkensee. Cette exposition se prolongea tout l'été. Pourquoi Falkensee ? J'étais allé à Berlin et à Falkensee en 1988, soit un an avant la chute du mur. A cette époque, comme vous le savez, c'était assez compliqué d'aller de Berlin-Ouest à Berlin-Est et de circuler en Allemagne de l'Est. J'allais sur les traces du peintre Caspar-David Friedrich en différents lieux où il avait peint, comme sur l'île de Rügen par exemple, en Allemagne de l'Est. J'avais été hébergé par une peintre, Monika Bienek, résidant en Allemagne de l'Est, à Falkensee, où j'avais fait une étape. C'était obligatoire de déclarer tous les endroits où je m'arrêterais afin d'avoir un laisser-passer. C'est cette peintre qui organisa par la suite en 2002, avec les conservateurs, une exposition de mes réalisations graphiques au musée de la ville de Falkensee. J'ai vraiment apprécié cette présentation qui m'avait permis d'accrocher un ensemble assez important de dessins et de peintures dans plusieurs salles de ce musée. J'avais, pour cette occasion réalisé une suite de dessins/aquarelles pouvant évoquer ce fameux mur entre autres. Par ailleurs, j'avais lu que beaucoup de personnes avaient été à Falkensee même dans des camps de travail et déportées pour certaines d'entre-elles dans des camps d'extermination. C'est à l'étage de ce musée de Falkensee, où une partie lui est consacrée, que j'ai découvert vraiment aussi la poète Gertrud Kolmar que je connaissais seulement de nom. Elle avait justement été dans l'un de ces camps avant de disparaitre en étant déportée définitivement. J'ai été bouleversé de lire à Falkensee quelques-uns de ses poèmes et par la suite sa correspondance et son récit, Susanna. ( Livres traduits et publiés en France par les éditions Seghers, Farrago et Bourgois. Présentation et choix de ses poèmes sur le site : Esprits nomades. )

Vous avez présenté vos peintures et vos dessins plusieurs fois en Pologne aussi.

La première fois que j'ai été en Pologne, c'était en 1998, au mois de juin, principalement à Olsztyn et à Cracovie, en étant invité par le centre Franco-Polonais et son directeur qui est aussi traducteur et poète, Kazimierz Brakoniecki. La Pologne est un très beau pays assez méconnu. C'est un pays qui m'a attiré tant par son histoire que par la beauté préservée de ses paysages. Je ne connaissais ce pays que par mes lectures de Mickiewicz, Norwid, Czapski, Gombrowicz et par quelques films, ceux de Wajda et de Kieslowski surtout. Sur un mur d'une grande demeure qui est devenue un musée à Olsztyn, il y a encore des inscriptions de mesures astronomiques qu'avait réalisées Copernic. Avec Kazimierz Brakoniecki, j'avais remonté, sur un petit bateau à moteur, un canal sur une distance assez longue allant d'Ostroda (près d'Olsztyn) jusqu'à Elblag (vers le nord et Gdansk). J'avais souhaité faire ce périple car le bateau avait une particularité, c'est qu'il pouvait, à plusieurs endroits du canal, sortir de l'eau pour passer dans un autre canal par un système ingénieux de treuils et de rails ! Cela me faisait penser un peu à Jules Verne. Le bateau se retrouvait dans les herbes et avançait environné par les fleurs des champs. Pendant ce parcours, je pensais beaucoup à Joseph Conrad qui était né à Berditchev, en Pologne. J'avais l'impression d'être au coeur des lumières plutôt que des ténèbres ! Nous traversions des espaces où la nature est préservée. J'avais pu voir de très près un Balbuzard pêcheur par exemple. Mes peintures et dessins ont été exposés ensuite deux fois à Poznan à la Maison de la Bretagne. Je m'y suis rendu au Printemps 2005. A cette occasion, je suis retourné à Cracovie et à Varsovie aussi. J'ai pu constater beaucoup de changements depuis 1998. Pour ce qui est de la peinture polonaise, aimant particulièrement Josef Czapski, j'ai été heureux de pouvoir regarder des oeuvres originales de lui à Varsovie. A Poznan, j'avais pu rencontrer le peintre Andrzej Kurzawski qui m'avait invité dans son atelier. Sa peinture me touche beaucoup.

Et récemment, deux expositions également personnelles  ont eu lieu en République tchèque.

En effet, à l'instigation d'organismes en République tchèque et en Bretagne ayant des échanges depuis de nombreuses années, je me suis rendu à Ostrava en 2005 où une présentation de mes dessins et peintures a été faite dans la mairie de cette ville. Ensuite, il y a eu une nouvelle exposition à nouveau à Ostrava en 2006, cette fois dans la librairie la plus importante de la ville. C'était la première fois que je me rendais dans ce pays et j'en étais très heureux. J'y ai fait plusieurs découvertes grâce aux organisateurs tchèques, comme le village natal du compositeur Leos Janacek, Hukvaldy (Moravie) se trouvant non-loin d'Ostrava. J'ai séjourné quelques temps aussi à Prague où j'ai beaucoup marché dans les rues et ruelles! Ainsi j'ai pu apprécier aussi les diverses collections de peintures dans les musées. J'ai pu approfondir mes connaissances également à propos du pédagogue, écrivain, philosophe Coménius, Jan Amos Komensky ( 1592-1670 ), car un musée lui est consacré.






"A présent, le moindre arpent de terre jusqu'au coeur de la selve amazonienne, jusqu'aux canyons gelés de l'Antarctique, a été examiné, photographié, analysé par l'oeil froid du satellite. S'il reste un secret, c'est à l'intérieur de l'âme qu'il se trouve, dans la longue suite de désirs, de légendes, de masques et de chants qui se mêle au temps et resurgit et court sur la peau des peuples à la manière des épars en été."

J.M.G Le Clézio. ( Raga, p.94. Editions Le Seuil, 2006 )







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