Tanguy DOHOLLAU





 

 



Biographie

Bibliographie

Dessins, peintures

Affiches

Dossier de presse

Expositions disponibles

Animations

Adresse

 

Un point

dans la nuit

Jean-Pierre Abraham



Exposition présentant le parcours littéraire de Jean-Pierre Abraham

Exposition réalisée par Tanguy Dohollau

en partenariat avec

« Livre et lecture en Bretagne »,

Centre régional du livre en Bretagne. Rennes.

Première présentation : Maison de la Bretagne, Paris du 14 mars au 1er avril 2011

Deuxième présentation : Grand phare de l'île-de-Sein (Finistère, Bretagne) juillet-août 2011

Troisième présentation : Bibliothèque municipale, Dinan (Côtes d'Armor, Bretagne) octobre-novembre-décembre 2011

Quatrième présentation : St Servan/St Malo (Ille-et-Vilaine, Bretagne) juin 2012

Cinquième présentation : Médiathèque de Plouguerneau (Finistère, Bretagne) juillet-août 2012



L'exposition présentant l'écrivain, poète, Jean-Pierre Abraham, qui a eu lieu à la Maison de la Bretagne (Paris) du 14 mars au 1er avril 2011, était constituée de vingt-et-un panneaux retraçant son parcours littéraire (ces panneaux sont chacun à la dimension de 1,20m de hauteur X 0,70m de largeur). Ils ont été conçu par Tanguy Dohollau avec l'aide de la maquettiste Olwenn Manac'h.

En contrepoint de ces panneaux étaient installés des tableaux de plusieurs peintres dont Jean-Pierre Abraham était proche :  Yves Le Moal dit "Marion", François Dilasser, et Dominique Abraham (l'un de ses frères). 

Il y avait aussi dix vitrines sous lesquelles le public pouvait découvrir quelques-uns de ses manuscrits, diverses publications originales, un tableau de petit format de la peintre Vonnick Caroff, et des photographies, dont certaines, de la photographe Geneviève Hofman.

       Les panneaux de cette exposition sont sous la responsabilité du Centre régional du livre en Bretagne; "Livre et lecture en Bretagne", qui en est le commanditaire et le propriétaire. Si vous êtes intéressé de les emprunter pour organiser à votre tour une exposition présentant cet écrivain, poète, vous pouvez prendre directement contact avec cet organisme :

 

 http://www.livrelecturebretagne.fr/livre-et-lecture-en-bretagne/informations-pratiques/

 

 


Jean-Pierre Abraham


Les livres de Jean-Pierre Abraham forment un archipel. Ses titres sont souvent courts comme le nom d'îlots situés au large :  Le vent, Armen, Le guet, Ici présent, Au plus près...  Ils sont aussi des repères; des amers, qui ont ponctué le parcours de sa vie quotidienne.

 

 "Il ne faut pas se perdre soi-même de vue" m'avait-il dit un jour. Oui, tenter toujours de réaliser ce qui nous tient à cœur. Dans ce propos, je comprenais aussi, se tenir à l'œil. Il le faisait en observant avec acuité tout ce qui l'entourait. "La coupe de la phrase, bonne lame" avait écrit René Char. Ce n'est certainement pas un hasard si Jean-Pierre Abraham appréciait aussi ce poète, et sa parole,  parmi ses quelques auteurs "phares". Il y avait des connivences profondes entre-eux, comme l'observation d'un tableau qui nourrirait pour toujours leurs vies. Pour  René Char, ce fut Georges de la Tour avec "Madeleine à la veilleuse", et  pour Jean-Pierre Abraham, Vermeer et "La Jeune Fille au turban" nommée aussi "La Jeune Fille à la perle".

 

Jean-Pierre Abraham restituait "au plus près" ce qu'il percevait avec une haute exigence et élégance de l'écriture. Je trouvais qu'il avait de fortes similitudes en cela aussi avec l'écrivain Nicolas Bouvier, et un jour, je ne fus pas étonné qu'il me dise, après qu'il eut découvert cet auteur à la fin des années 90, que ses livres lui plaisaient beaucoup. A une liste de ses écrivains préférés qu'il avait établi en 1995 pour les éditions Le temps qu'il fait , il  ajouta en 2002 : "A l'époque où je vous avais envoyé cette liste, je ne connaissais pas encore Nicolas Bouvier, qui est devenu depuis mon plus cher compagnon de tous les jours." 

 

Il n'eut pas l'intention d'écrire des romans, comme il le dira à André Dhôtel dans la première lettre qu'il lui enverra en 1955. Et en effet, il ne dérogera pas à cette déclaration. Tous ses livres sont des récits. Certes, ses livres ne sont pas des romans, mais, en les relisant à la suite, on peut trouver qu'ils constituent comme un seul roman; sa recherche en échos furtifs. 

 

"Grand Meaulnes qui esquisse des Vermeer" dira Claude Mauriac de lui, à la suite de la publication d'Armen. "Esquisse", Jean-Pierre Abraham aimait le dessin. Il évoque Seurat dans le texte "Carnet de bord de La Berlue"(Au plus près). "Pouvait-on espérer une telle clarté en noir et blanc?"  Quand il ira passer quelque temps sur l'île de Fort-Cigogne de l'archipel des Glénans, il emportera avec lui un carnet et un crayon. " J'ai dessiné l'île du Loch. De gauche à droite, comme on écrit. (...) Je reviendrai faire le dessin à d'autres heures, sous d'autres lumières j'espère." (...) Le pain frais, les colis des grands-mères, est-ce que cela se dessine, de gauche à droite ? (...) Quand je serai très vieux je me tairai, je dessinerai."  Et je songe à Henri-Cartier Bresson qui a la fin de sa vie ne faisait presque plus que dessiner. Jean-Pierre Abraham avait ce même sens pour capter l'instant avec quelques mots aiguisés.  " Il faut... que la lumière passe de chaque côté du trait." (Jean-Pierre Abraham citant François Dilasser) "Je n'oublierai pas cette phrase, mystérieuse pourtant, j'ai eu à cet instant comme un éclair dans la tête, c'est rare."

 

La lumière. Elle est en chacun des livres de Jean-Pierre Abraham. Elle passe entre les mots en de précieuses lueurs et ses livres sont autant d'invitations à mieux percevoir sa présence. C'est un don rare et somptueux qu'il nous offre. 

Tanguy Dohollau

(février 2011) 




 


Jean-Pierre Abraham

 (1936-2003)

Le Grand Meaulnes qui esquisse des Vermeer



1936 : Naissance à Nantes de l'écrivain Jean-Pierre Abraham. Ses parents sont dentistes. Enfance à Hennebont, près de Lorient, jusqu'à la guerre qui conduit la famille à se réfugier en Vendée.

1945 : Entrée à l'école des jésuites de Vannes puis poursuite des études à Lorient après la reconstruction.

1946 : Lors de vacances à Carnac, son père achète un premier bateau et durant les années qui suivront emmène son fils sillonner la baie de Quiberon. « Cette époque a orienté une grande partie de ma vie ».

Il obtient son bac à 16 ans et s'inscrit à la Sorbonne. Il est brièvement étudiant en lettres à Paris. (un an). (Lire à ce sujet la préface à la seconde édition de son livre Le vent: « Cette nuit là ».) « Je ne pensais qu'à écrire ».Période où il envoie ses premiers textes à Jean Cayrol aux éditions du Seuil.

1955 : Il découvre le livre d'André Dhôtel, « La chronique fabuleuse » . La lecture de ce livre en particulier sera déterminante dans son envie d'écrire. Il fait la connaissance d'André Dhôtel ensuite. C'est la naissance d'une longue amitié.

1956 : A vingt ans, son premier récit, Le Vent, est publié à l'instigation de Jean Cayrol aux éditions du Seuil dans la revue Ecrire. Ce récit se déroule dans le golfe du Morbihan.

« inventeur, peut-être, d'un genre nouveau, Grand Meaulnes qui esquisse des Vermeer ». (Claude Mauriac, le Figaro)

1961 : Jean-Pierre Abraham devient gardien du phare d'Ar-Men au large de l'île de Sein (Finistère, Bretagne) jusqu'à 1963.

1964 : Il quitte Ar-Men pour se marier et s'installer dans les Alpes-de-Haute-Provence où il travaillera pour l'éditeur Robert Morel au Jas du Revest-Saint-Martin près de Forcalquier jusqu'en 1967. Il y rencontrera, entre autres écrivains, Jean Grenier, qui lui fera une forte impression. Il y discutera aussi avec François Cali, auteur de plusieurs livres sur l'architecture religieuse qu'il trouvait remarquables dont « La plus grande aventure du monde, Citeaux ». C'est au cours de cette période que naissent ses deux premiers enfants Yves-Marie (1965) et Clet (1966). Publication d'Armen aux éditions du Seuil en 1967.

1968 : Après la publication d'Armen, Jean-Pierre Abraham s'installe avec sa femme et ses deux fils sur l'île de Penfret, dans l'archipel des Glénan (Finistère, Bretagne). Il occupe alors un poste de gardien d'île.

1970 : Retour sur le continent, à Trégunc (Finistère), pour que ses enfants puissent être scolarisés. Jean-Pierre Abraham prend en charge la rédaction du Cours de navigation des Glénans, en compagnie de Jean-Louis Goldschmidt, responsable technique. Il travaillera à deux éditions de ce guide essentiel du navigateur à la voile de 1970 à 1972. Naissance de Clément (1971). Au cours de cette période, de 1972 à 1976, il est formateur à l'École des chefs de base nautique des Glénans, située à Concarneau. (On peut lire des chroniques écrites par Jean-Pierre Abraham dans le « Courrier de l'E.C.B » -Ecole des chefs de base- des années 1970-1975.)

1976 : La famille part s'installer à Plestin les grèves, près de Lannion (Côtes d'Armor), où l'épouse de Jean-Pierre Abraham s'occupe de l'élevage de chèvres et de la fabrication de fromages. L'écrivain assure la traite des chèvres, vend les fromages sur les marchés et écrit. Parallèlement, il rédige des Instructions Nautiques pour le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine (S.H.O.M) et il travaille à une refonte du Cours de Navigation des Glénans qui verra le jour aux éditions du Seuil en 1982.

1985 : Parution de son livre Le Guet aux éditions Gallimard, avec en particulier, le soutien de Jean Grosjean et de Jean-Marie Le Clézio.

1986: Il s'installe dans le Finistère, à Douarnenez cette fois. Jean-Pierre Abraham devient éditeur et rédacteur de la revue d'histoire et d'ethnographie maritime Le Chasse-Marée et ensuite, en 1989, de la revue d'histoire et d'ethnographie ArMen. Il participe à la création des éditions de L'estran également au sein du Chasse-marée.



1993 : Jean-Pierre Abraham publie aux éditions Le temps qu'il fait Compère, qu'as-tu vu ? en compagnie de son amie peintre Vonnick Caroff.

1995 :Après un bref retour aux Glénan, sur l'îlot de Fort-Cigogne, sera publié le récit du même nom.

1996 : Date de sa retraite, il se met à écrire encore plus intensément et renoue avec la navigation à voile.

1999 : Publication de Port-du-Salut après un séjour dans un monastère cistercien en Mayenne dont Jean-Pierre Abraham dit qu'il « relate la découverte d'un autre choix de vie, abrupt, d'une autre vigilance, loin de la mer. Et pas si loin. »

2001 : Il s'installe, seul, à Kérity, près de Penmarc'h et de Saint Guénolé, dans le Pays Bigouden. Il y écrira entre autres, Ici présent, Histoire d'Io, Au plus près et La place royale. (Ces deux derniers livres seront publiés après sa disparition.)

2003 : Jean-Pierre Abraham meurt en juillet à Quimper des suites d'un cancer. Ses cendres sont dispersées en mer quelques jours plus tard.







« Son sourire est chinois. Son travail aussi, peut-être, qui consiste à raconter sa vie en déblayant d'abord longuement le terrain pour n'y plus laisser jouer que des échos et des lumières. »

Jean-Pierre Abraham (à propos de lui-même)





« (...) Je peux vous dire simplement que j'ai lu tous vos livres, et que je m'étais jamais enthousiasmé vraiment pour un écrivain avant de vous connaître. Je suis étudiant en lettres. (...) Je retrouve exactement dans vos livres ma façon de considérer les choses -mais au fond c'est vous qui m'avez appris à regarder. J'aime particulièrement "La chronique fabuleuse". (...) Sans aucun doute, vous m'avez beaucoup influencé. Maintenant je commence à trouver mon chemin, mais il reste proche du vôtre (excusez-moi de cette prétention!) bien que je ne veuille pas écrire de roman. »

Jean-Pierre Abraham


Lettre à André Dhôtel, 30 novembre 1955. Bulletin de « La route inconnue » (Association des Amis d'André Dhôtel), n°6, décembre 2003.



« dès qu'on a ce souci {le souci d'écrire } — et je sais bien que je dois l'avoir — c'est fichu, on est obligé d'avoir du recul, de se retirer dans l'ombre pour regarder la lumière. Pour la dire, cette vie-là, il faut en quelque sorte en porter le deuil...»

Jean-Pierre Abraham

Lettre à André Dhôtel, 5 mars 1969. Bulletin de « La route inconnue » (Association des Amis d'André Dhôtel), n°6, décembre 2003.



 " Où allons-nous, me demandiez-vous ? Cette lumière dont je parlais tout à l'heure, il me semble parfois qu'elle préfigure en quelque sorte, ou qu'elle laisse pressentir, comme si elle en était à la lisière, un autre monde, neuf, simple, réduit à sa plus simple expression si je puis dire. Comment préciser ? Un monde constitué, peut-être, pour l'essentiel, de mots d'une seule syllabe, et par exemple : mer, vent, pluie, peur, joie, flair, nuit, aube, île, froid, faim, ciel...

-Un monde aux confins du système solaire, dirait-on !

- Et pourtant ! Je me demande s'il n'est pas plutôt question, dans cette affaire, d'avancer, à force d'être démunis, au plus près de ce qui serait le monde réel, justement. "

Jean-Pierre Abraham

Au plus près, éditions du Seuil, p.123-124.

 





"J'ai toujours été pour l'air froid. Il vient d'une région claire du monde. Il a de l'énergie à revendre. Il est vert. on voit très bien qu'il est vert, certains jours, quand il descend en droite ligne de là-haut. Tout le ciel a cette couleur d'émeraude, le monde est neuf, sauvage comme aux commencements. En se réchauffant par le bas à mesure qu'il approche, cet air devient instable, il faut s'attendre à de rudes secousses au passage des lignes de grains, rideaux de neige glacée, de grêle coupante, mordante, entre lesquels le soleil revient en fanfare. Monde décapé, à chaque fois plus étincelant et que l'on regarde trempé, transi, soudain saisi du violent bonheur d'exister. Travaillons."

Le guet, éditions Gallimard, 1986.





 " Alors j'eus l'envie de lui parler du vent. Il ne s'étonna pas, et nous avons conversé amicalement pendant une heure. Il parlait avec une certaine éloquence, et me raconta brièvement sa vie, tandis que je regardais, sur l'autre rive, un simple bois de pins. Puis il prétendit qu'il était agréable de poser son regard sur cet horizon d'arbres qui recélait tant de courbes et de reliefs différents malgré son apparence uniforme. Le vent révélait des trous subits dans les feuillages, et dessinait de vives surfaces sur le fouillis des branches. Sans lui on ne pourrait rien découvrir peut-être. Mais il faut beaucoup de temps pour le comprendre."

Le vent, éditions Le seuil, 1956.(Repris par les éditions : Le tout sur le tout, 1989.)






Œuvres

(textes publiés dans des revues indiqués en italique et livres)

Les yeux de l'amour, Cahiers des saisons, n°7, 1956.

Le Vent, (revue Ecrire n°1 sous la direction de Jean Cayrol) éditions du Seuil, 1956.

(réédition : Le Tout sur le Tout, 1989, augmenté de «Cette nuit là », 1997)

Le livre des Conjurations & Sortilèges (avec M.Bouteiller, Suzanne Walter et Odette Ducarre), éditions Robert Morel, 1964.

Le Dictionnaire des Superstitions (avec M. A. de Chesnel, Fernand Nicolay et Marie Morel), éditions Robert Morel, 1967.

Armen, éditions Robert Morel, 1967.


Armen, éditions du Seuil, 1967.


(réédition : Le Tout sur le Tout, 1988; 1997.

Ce texte est repris par ailleurs dans : Le roman des phares (collectif), éditions Omnibus, 2001.)

Ce texte existe aussi sous forme audio: lecture par Yves Adler, (texte intégral),éditions Le livre qui parle, 2010.

Der Leuchtturm, traduction en langue allemande de Armen par I.Waldinger, éditions Jung und Jung Verlag, Salzburg, 2010.


Clet and the sound of the sea, Tabarin tales 1, (dessins de Jacques Le Scanff ), traduction en langue anglaise, éditions Geoffrey Chapman, 1968.


L'homme aux pigeons (dessins de Alan E.Cober), éditions François Ruy-Vidal/Harlin Quist, 1971.

The Pigeon man (dessins de Alan E.Cober), traduction en langue anglaise, , éditions François Ruy-Vidal/Harlin Quist, 1971.



Der Taubenmann (dessins de Alan E. Cober), traduction en langue allemande, éditions Aarau Sauerländer, 1972.


Le Guet, éditions Gallimard, 1985.


La grande bleue (note de fête), revue Le Chasse-Marée, n°25, 1986.

Entretien avec François Dilasser, revue ArMen, n°35, 1991.


L'amitié à claire-voie, texte, in : Michel Devrient, monographie, éditions Vie Art Cité, Lausanne, 1991.


Compère qu'as-tu vu ? (dessins de Vonnick Caroff ), éditions Le temps qu'il fait, 1993.

Coquecigrue, où es-tu ? (dessins de Vonnick Caroff ), éditions Le temps qu'il fait, 1993.

Une île nouvelle (photographies de Michel Thersiquel), éditions Filigranes, 1994.

Avant-hier Soeur Louise est morte, revue CHEF-LIEU N°2, 1994.


Rencontre avec Jean Bazaine à Penmarc'h, revue ArMen, n°56, 1994.

Fort Cigogne éditions Le temps qu'il fait, 1995.

Der weiße archipel, traduction en langue allemande de Fort Cigogne par I.Waldinger, éditions Jung und Jung Verlag, Salzburg, 2012.

 Aux origines d´ArMen(numéro spécial anniversaire pour les dix ans de la revue ArMen.), revue ArMen, N° 77, 1996.    


    Du fond des yeux, Michel Thersiquel. Préface, et textes de X. Grall, R. Le Bihan. Editions Cargonoir, 1996.

Cap Sizun (dessins de Rémi Le Berre), éditions Actes Sud & Ed. Locales de France, 1997.

Barnabé l'habile, (Nouvelle version du texte « L'homme aux pigeons ») hors commerce, éditions Le temps qu'il fait, 1997.

Tévennec, La Bretagne, collectif, éditions Ubacs, 1997.

Velléda mon amour, Vue sur mer, collectif, éditions Joca Seria, 1998.

La croisière de juin, Dimanche Ouest-France, 26 juillet et 2 aout 1998.

Henri Thomas, Cahier n°13 , (collectif), éditions le temps qu'il fait, 1998.

Fréres de la côte, catalogue « Pêche à pied et usages de l'Estran », éditions Apogée, 1999.

La marge, (collectif, recueil de nouvelles) préface, éditions An tu all ar mor, 1999.


Bretagne, les chemins de la mer (photographies de Michel Thersiquel), éditions Le Télégramme, 1999.

Port-du-Salut, éditions Le temps qu'il fait, 1999.

Barnabé l'habile, hors commerce, édition similaire à celle des éditions Le temps qu'il fait de 1997. Couverture de Vonnick Caroff cette fois. Edition Librairie Lucioles, Vienne, 2001.

Ici présent, éditions Le temps qu'il fait, 2001.

Juste avant l'hiver, revue Brèves, n°63, 2001.

Le guide des termes de marine, (avec Bernard Cadoret, Michel King, Martine Garry), éditions Le Chasse-Marée, 2001.

La cale ronde de Charles Mazédo. Préface, éditions Coop Breizh, 2002.

Bibliothèques idéales, (collectif, recueils de listes de livres préférés par des auteurs, dont J-P Abraham), éditions Lettres sur cour et Le temps qu'il fait, 2002.

Histoire d'Io (dessins de Vonnick Caroff ), éditions Le temps qu'il fait, 2002.

Première île, les îles du Ponant, de Louis brigand, éditions Palantines, 2002.

L'oisellerie noire (photographies de Bernard Cornu), éditions Dana, 2002

Une Bretagne profonde (photographies de Michel Thersiquel), éditions Ouest-France, 2002.

Histoire du pays Bigouden (avec Serge Duigou et Jean-Michel Le Boulanger), postface, éditions Palantines, 2002.

Lettre à François Dilasser, (reprise du texte paru initialement dans le catalogue de l'exposition de François Dilasser au château de Ratilly en 1992.), hors commerce, éditions Le temps qu'il fait, 2003.

Au plus près, (recueil reprenant des textes parus initialement dans des revues ou des livres collectifs cités plus haut. Ils sont parfois ici dans de nouvelles versions : Première île, Velléda mon amour, La croisière de juin, La grande bleue, Frères de la côte), éditions du Seuil, 2004.

La place royale, (recueil reprenant parfois des textes parus initialement dans des revues ou des livres collectifs cités plus haut. Ils sont parfois ici dans de nouvelles versions: Les yeux de l'amour, La place royale, Avant l'hiver-premier titre « Juste avant l'hiver », Tévennec, Rendez-vous à Ouessant, Aller aux étocs, Barnabé l'habile), éditions Le temps qu'il fait, 2004.

Bazaine à Penmarc'h, (reprise du texte paru initialement dans la revue Ar-Men n° 56 en 1994), éditions Palantines, 2007.

Guide Bretagne (avec Roger Gicquel, Philippe Huet et al. Reprise du texte paru initialement chez le même éditeur en 1997), éditions Actes Sud, 2008.

Encyclopédie du littoral - Les rivages du Conservatoire avec Chantal Aubry, P.P.d'Arvor, Roger Gicquel, Philippe Huet et al. Reprise du texte paru initialement chez le même éditeur en 1997 et 2008), éditions Actes Sud, 2010.

Journal d'hiver (gravures de Yves Marion), éditions Le temps qu'il fait, 2012.

*





Par ailleurs, Jean-Pierre Abraham a participé à plusieurs plaquettes et catalogues d'expositions des peintres: Vonnick Caroff, François Dilasser...

(...) « Je suis hanté en ce moment par un souvenir que j'ai rapporté de chez vous un jour. C'est peut-être, c'est sûrement même la couleur de mon bateau qui m'y fait penser: il concerne votre toile, votre assemblage de toiles intitulé Le passage de la mer rouge. Je dînais avec vous deux, il était à ma gauche sur le mur, je ne l'apercevais que du coin de l'œil. Nous parlions. Et je me souviens que peu à peu, ce qui était là au mur, sur bâbord, a commencé à s'animer, à me chauffer tout le côté gauche de la tête: oui, il y avait là quelque chose qui bougeait, qui vibrait, qui existait intensément. Je n'osais pas tourner la tête, regarder la chose en face. C'était vous que je regardais mais par instant, excusez-moi, j'avais du mal à suivre la conversation tant je ressentais cette présence à côté de moi, une présence extrêmement exigeante. Ça pourrait donc être cela la peinture, quand on la côtoie ainsi, quand la lumière joue dessus, sur les reliefs, et que tout bouge ? Je n'y comprends rien mais ça m'intrigue.


(...) Je crois bien, par exemple, que votre peinture est dénuée de tout confort; et désarmée; qu'elle comporte des lieux sauvages; mais qu'elle est aussi secourable et que j'y campe sans avoir froid. »



Lettre (extrait) à François Dilasser. « A bord du Scarweather, dimanche des Rameaux » in Catalogue : François Dilasser, Château de Ratilly, 1992.



Livres d'artistes:

Maya Mémin : "Pour Leo", (papier-fait-main, 21cm sur 29,7), et "Pour Sarah et Antonin" (papier-fait-main, 21cm sur 29,7)1996.





A propos de Jean-Pierre Abraham :

 

* Page consacrée à Jean-Pierre Abraham sur le site de l'éditeur "Le temps qu'il fait".

* « Ar-Men, ou les gardiens de phares », réalisation, Jean Pradinas. Images, Eric Dalmat assisté de Vincent Chapet. Montage, Jean-Claude Le Berre. Son, Jules Dantan. Producteur, Jean Marc Soyez. Série "Des hommes", Antenne 2/ 1976. Document disponible à l'I.N.A.

* Emission de radio : Nuits magnétiques : « La nuit et le moment - Les voiliers : Rêve de mer ; 1 »Producteur : Laure Adler. France Culture. Enregistrement : 07/07/1986. Diffusion : 08/07/1986. Durée : 01:00:29. Document disponible à l'I.N.A.



Cette bibliographie établie par Tanguy Dohollau est peut-être incomplète. Si vous avez connaissance d'autres publications et émissions auxquelles Jean-Pierre Abraham aurait participé, n'hésitez pas à le lui signaler : tdohollau@yahoo.fr





Article de Martine Laval paru dans Télérama le 18 juillet 2003 :

 

Un homme à la mer Deux recueils posthumes de Jean-Pierre Abraham



Gardien du phare d'Armen, il profitait de la solitude pour écrire ses tempêtes intérieures.

Les bouts du monde - là où meurent les continents et où adviennent les mers - se ressemblent tous. On n'y rencontre qu'un seul extrême : sa solitude. Ses peurs, ses désirs aussi. On se fait face. On se tient tête. Certaines de ces bagarres - soi contre soi - ont donné le jour à des écrits d'une beauté crépusculaire. Francisco Coloane, Herman Melville ou encore Bruce Chatwin se sont livrés au combat avec fièvre.

Jean-Pierre Abraham, lui, s'est donné rendez-vous là où sa terre de Bretagne se jette à l'eau. A une trentaine de kilomètres du continent, au large de l'île de Sein, dans le giron du phare d'Armen *, il a trouvé son bout du monde, sa solitude. Sur cet « arbre de pierre et de verre » chahuté de tous côtés par l'océan, le naufragé volontaire a posé son baluchon, quelques vêtements, un cahier, des livres -  trois, pas plus, pas moins  -, et s'est amouraché d'un métier qui défie les heures : gardien de phare. Trois années longues et denses à faire vivre la lumière dans les ténèbres, à prendre soin de la lanterne et à écrire, « à crever l'inutile », à faire flamber, la nuit, des mots qu'il retrouve, le matin, en cendres.

La mer est un pays sauvage aux couleurs de l'enfer. Elle peut être un paradis pour qui sait s'y fondre, écouter ses chants, ressentir ses plaintes. De cette traversée sur un rafiot immobile naît, en 1967, Armen, le journal de bord de Jean-Pierre Abraham, un livre régulièrement réimprimé, qui mène sa vie au-delà des houles éditoriales. Armen est un récit de tempêtes intérieures, où grondent les colères de l'Atlantique. De ces pages d'embruns et d'écume déferlent des confessions chavirantes : « Je m'habille de mots vains et précieux. J'habite des lueurs voisines. Je lorgne les vraies ténèbres sans savoir y entrer. Je pressens de folles libertés qui me font peur. » Et puis, plus loin : « Il faut du temps pour qu'un mot vienne sur le pont. Il en faut encore bien plus pour se résoudre à en rejeter un par-dessus bord. »

Jean-Pierre Abraham est décédé l'été dernier. Il avait 67 ans. C'était un homme libre. Presque trop libre, comme la mer. Insaisissable. A 16 ans, le bac en poche, il s'inscrit à la Sorbonne et s'en échappe vite fait ­ « je ne pensais qu'à écrire ». Il cumule les boulots, les expériences : s'engage dans la marine, devient gardien de phare, surveillant de fort, rédige le Cours de navigation des Glénans, élève des chèvres (pas très longtemps), devient journaliste au Chasse-marée puis à la revue ArMen. Abraham est là où le vent -&nbsple sien&nbsp- le pousse, là où il peut capter à « pleins mots » l'air du temps et l'écrire. Il suit ses intuitions, ses démons, s'enferme avec plaisir dans un monastère cistercien où le rythme des prières lui rappelle le travail du phare (Port-du-Salut, 1999), fait du vélo du côté de Penmarc'h, et en saisit la lumière à l'infini (Ici présent, 2001). Abraham, sur terre ou en mer, largue les voiles, regarde avec bienveillance tout alentour, réveille ce que l'on oublie de voir, se met en scène, simplement. A la manière d'un Erri De Luca, il embrasse la vie et, pour mieux l'étreindre, s'isole. Se fait reclus, moine apprenti ou veilleur de lanterne : « Dès qu'on a ce souci [le souci d'écrire, NDLR] - et je sais bien que je dois l'avoir - c'est fichu, on est obligé d'avoir du recul, de se retirer dans l'ombre pour regarder la lumière. Pour la dire, cette vie-là, il faut en quelque sorte en porter le deuil... » (lettre à André Dhôtel, 5 mars 1969).

Jean-Pierre Abraham aimait écrire, mais pas vraiment être publié. En trente ans, cet écrivain ne céda que trois livres à l'édition : Le Vent (1956), Armen (1967), Le Guet (1986). Aujourd'hui, on retrouve l'insoumis avec deux recueils de textes, La Place royale et Au plus près, des récits qu'il retravailla jusqu'à sa mort, pour être -  justement - au plus près des mots. Fidèle à lui-même, il ressuscite un village muet, une lande calcinée, « là où le vent fait la loi pendant des mois », s'installe au pied d'un calvaire, « ils ont un air étrange, halluciné, ce sont des inconnus, les personnages de pierre, dans ces lumières nouvelles, après tant de siècles de nuit ». Et redonne vie à des gens. Il nous fait croiser son père, qui lui inocula la passion de la mer, nous parle d'une femme entrevue un matin de pluie ou d'un copain attablé au Formica d'un bistrot. Et puis, il y a Germain Carval, un sacré gardien de phare, dix-sept ans à Armen, treize à la Vieille. A peine à la retraite, il est fauché par une lame : « Pendant trente ans il a nargué la mer [...]. Et finalement, elle l'a eu, la vache, la salope, la putain. »

En poste au phare d'Armen - il y resta une fois cinquante jours d'affilée, un défi, une folie -­, Jean-Pierre Abraham détaille les heures de labeur, « ce travail d'usure lente au bout duquel jaillit une lueur », monter, descendre sans cesse les marches de la tour, astiquer les cuivres, entretenir la flamme. Il dit ses peurs, le vacarme du dehors, le vent qui pousse et s'engouffre, les murs qui craquent, l'horizon noir, comme aveugle. Lui qui a pris « le parti de l'immobilité, qui systématiquement a recherché la monotonie pour aller au fond de lui-même », livre des pages hypnotiques, âpres et salées, sensuelles. Il déverse ses paniques, « qu'est-ce que je fabrique ? [...] La vie se fait ailleurs, sans moi », écarte la mort du bout des doigts et essaie d'entendre le bruissement du monde. « J'écris debout à l'établi [Hemingway avait la même manie !, NDLR] le dos contre l'un des piliers de fer, peints en rouge, qui soutiennent la cuve à mercure et l'appareil optique. Je m'arrête souvent. J'écoute. Tout recommence. » Eblouissement.

Quand il a besoin d'accalmies, il va chercher l'un des trois livres emportés : l'album Vermeer et sa Jeune Fille au turban (« je n'ose pas la regarder, elle me regarde trop ») ; un autre album, plus petit, des images d'un monastère cistercien (« pendant des nuits, je m'y suis enfoncé, j'ai marché jusqu'à entendre des bruits de pas sur les dalles ») ; et des poèmes de Pierre Reverdy, une révélation (« j'ai cru sentir peu à peu que les mots avaient moins d'importance que leurs abords »).

Les abords du phare, eux, deviennent fous furieux. Le dehors n'appelle pas, il hurle. Il est temps de partir. Jean-Pierre Abraham, par une aube sale et de vent noir, va laisser Armen à sa démence. « Le passé est aussi tremblant que l'avenir, je ne sais pas trop ce que je veux dire. » Nous, si.

Martine Laval


    * Le phare d'Armen a été automatisé en 1991.